RDC : le ministre des Finances répond à Joseph Kabila sur l’explosion de la dette publique
La polémique autour de l’évolution de la dette publique en République démocratique du Congo prend une nouvelle tournure. Après les déclarations de l’ancien président Joseph Kabila, qui estime que la dette publique a « explosé » pour dépasser les 18 milliards de dollars américains, le ministre des Finances a réagi en défendant la politique d’endettement menée depuis 2019.
Dans son message à la nation publié vendredi 9 octobre, Joseph Kabila avait affirmé avoir laissé, en 2019, une économie « débarrassée du fardeau de la dette héritée des régimes antérieurs ». Il a également dénoncé la hausse de la dette publique, désormais supérieure à 18 milliards de dollars.
En réponse, le ministre des Finances estime que la question ne doit pas être analysée uniquement à travers le montant nominal de la dette, mais également en fonction de son utilisation et de sa soutenabilité.
« Assainir la dette publique est une chose ; utiliser celle-ci comme un levier de financement des infrastructures et des priorités du Gouvernement tout en maintenant sa soutenabilité comme nous le faisons depuis 2019, résulte de la cohérence de l'action publique et d'une vision stratégique », a-t-il déclaré.
Une dette inférieure à 20 % du PIB
Le ministre souligne que le niveau d'endettement de la RDC reste inférieur à 20 % du produit intérieur brut, alors que la moyenne des pays d'Afrique subsaharienne se situe, selon lui, autour de 60 %.
Pour le membre du gouvernement, présenter le niveau actuel de la dette congolaise comme un « fardeau » relèverait soit d'une « mauvaise foi politique », soit d'une méconnaissance des fondamentaux de la gestion économique et financière.
Il défend ainsi une stratégie consistant à mobiliser l'endettement pour financer les infrastructures et les priorités nationales tout en préservant la soutenabilité des finances publiques.
Le bilan de 2019 vivement contesté
Le ministre des Finances s'est également attaqué à l'argument de l'héritage économique laissé par Joseph Kabila en 2019.
Avec une formule particulièrement critique, il affirme que l'ancien président semble être tombé dans « un déni et une dénégation psychologique », allant jusqu'à ironiser : « On croirait entendre un ange du ciel qui parle du satan. Ironie du sort. »
Selon les chiffres avancés par le ministre, la RDC disposait en 2019 d'un PIB nominal d'environ 50 milliards de dollars, de 1,3 milliard de dollars de réserves de change et d'un budget de près de 4 milliards de dollars.
Il affirme également que le pays affichait alors un déficit du compte courant de 3,2 % du PIB, n'avait pas accès aux marchés internationaux des capitaux et ne disposait pas d'un programme formel avec le Fonds monétaire international (FMI).
« La nuit et le jour »
Pour le ministre, les indicateurs économiques actuels témoigneraient d'une transformation importante de l'économie congolaise.
Il avance notamment un PIB nominal estimé à 120 milliards de dollars en 2026, des réserves de change de 8 milliards de dollars et un budget de 18 milliards de dollars. Il évoque également la réduction du déficit du compte courant à 1,3 % du PIB en 2024, ainsi que le retour de la RDC sur les marchés financiers internationaux et l'existence de trois programmes formels avec le FMI.
« Entre ces deux périodes de gouvernance, aucune comparaison possible. C'est la nuit et le jour », affirme-t-il.
Le ministre reproche par ailleurs à l'ancien régime son manque de transparence, notamment concernant certains contrats conclus avec des sociétés publiques du secteur minier, estimant que cette situation aurait contribué à éloigner la RDC d'un programme formel avec le FMI.
Gratuité, infrastructures et protection sociale
La réponse du gouvernement ne s'est pas limitée aux indicateurs macroéconomiques. Le ministre a également mis en avant les politiques sociales et les investissements réalisés depuis 2019.
Il cite notamment la gratuité de l'enseignement primaire, la gratuité de la maternité, la mise en place de mécanismes d'assurance santé pour certaines catégories professionnelles ainsi que les investissements dans les infrastructures.
Il affirme également que plusieurs villes et territoires bénéficient désormais de nouveaux projets routiers et d'infrastructures, estimant que comparer la RDC de 2019 à celle de 2026 revient à opposer deux situations radicalement différentes.
Appel au dialogue et à la paix
Dans la dernière partie de sa réaction, le ministre a élargi son propos à la situation politique et sécuritaire du pays.
Il soutient que la RDC est aujourd'hui engagée dans une transformation économique et sociale et appelle toutes les forces politiques et sociales à participer au processus de dialogue.
Il s'adresse également aux groupes armés, les invitant à déposer les armes et à rejoindre le processus politique.
« Il est possible d'exprimer nos désaccords sans tuer nos compatriotes innocents », a-t-il déclaré, avant de conclure par un appel à la paix : « Vivement la paix. »
Armand mumbilay

42 vues
Commentaires (0)
Chargement des commentaires...